Pour la huitième nuit consécutive, des violences ont a nouveau éclaté en banlieue parisienne ou, une fois de plus, des manifestants ont brûlés plusieurs centaines de voitures. Depuis le début de la semaine et la " brillante " provocation inutile du ministre de l'intérieur français à l'égard des banlieusards, quelques six policiers ont été blessés et un civil a été gravement brûlé lors de l'incendie volontaire d'un bus.
Alors que Paris, la capitale française, avait jusqu'alors été épargnée, une dizaine de voitures ont brûlé cette même nuit intra-muros, indiquait la préfecture de police sans pouvoir dire si, officiellement, elle liait ces incidents à la flambée de violences que connaît la banlieue.
Tout a commencé il y a quelques jours lorsque le très médiatique ministre de l'intérieur, et numéro deux du gouvernement français, Nicolas Sarkozy, fait une " descente " en banlieue, courageusement entouré de gardes du corps, de CRS et du préfet, cerné de toute part par des caméras qu'il avait pris soin de convier au rendez vous, déclare : " On est là pour éradiquer la gangrène (...) On va vous débarrasser de cette bande de racaille " déclare-t-il " spontanément " devant les caméras des journalistes.
Après avoir il y a quelques mois déjà promis de " nettoyer les banlieues au karcher ", c'était peut être le mot de trop prononcé par un Nicolas Sarkozy qui décidément ne chasse que trop parfaitement sur les terres lepenistes, mais peut être y prend – il goût?
Alors que nous ne sommes qu'à quelques jours de la fin du Ramadan, la plus grande fête religieuse des musulmans, lors d'une de ces manifestations la police envoie par " mégarde " une grenade lacrymogène dans une mosquée remplie de fidèles en train de faire leur prière : pas un mot, pas une excuse des pouvoirs publics ni d'aucun ministre ou premier ministre, les " placards " généreusement accordés par l'état français et qui servent de mosquées aux musulmans des banlieues n'en valaient peut être pas la peine?
Le lendemain, durant une autre manifestation violente, une équipe de journalistes est prise à parti par les manifestants qui, avides de casse et d'affrontements, scandent des " Allahou Akbar " (Dieu est grand) face aux colonnes de CRS déployées pour les " contenir ". Et voilà donc que l'islam, ou plutôt sa vision " djihadiste " moderne fait son entrée en scène, comment peut – on raisonnablement être surpris de cette réaction ?
Après avoir été régulièrement rabaissés par les pouvoirs publics, le ministre de l'intérieur vient cette semaine de pousser le bouchon un petit peu trop loin en insultant toute une communauté et en caricaturant les violences des cités, réduisant délibérément les problèmes des banlieues à un simple affrontement entre deux " voyous " : le ministre de l'intérieur et les jeunes banlieusards.
Ces méthodes, qui sont bien plus proches des milieux du banditisme que de ceux d'un ministre de l'intérieur de la 5ème république, ont donné plus que jamais un sentiment de mépris à l'égard de ces jeunes banlieusards qui, à majorité musulmanes, utilisent maintenant de l'image du " monde musulman " oppressé par les puissances occidentales pour représenter l'agression ministérielle à leur égard.
Pratiquants ou non, ces jeunes, appartenant pour la plupart à la communauté musulmane et trouvent en cette image d'un islam " djihadiste " un moyen de se positionner catégoriquement contre l'agression injuste d'une puissante force de répression représentée ici par le gouvernement français et " magnifiquement " incarnée Nicolas Sarkozy.
Nous sommes ici en plein parallèle avec la présentation que les chefs d'Al Qaida mettent en avant : l'agression étrangère de la communauté musulmane isolée et ignorée par des forces politiques qui n'ont choisi que la voix de l'affrontement en guise de prise de contact avec les communautés des cités abandonnées de la république et laissées pour " mortes ".
Le ralliement à cette cause, apparemment " juste ", était donc prévisible. Les jeunes des banlieues ne sont plus au bord du gouffre social, cela fait déjà quelques années que grand nombre d'entre eux sont déjà tombés au fond du trou, et ils brandissent ici l'étendard d'un " Djihad à la française " un peu comme des jeunes de leur âge auraient levé au ciel il y a quelques années en arrière le drapeau du Ché en ralliant la cause communiste.
Al Qaida a changé son discours ces dernières années, passant d'une basique présentation religieuse et archaïque de leur rapport au monde à une image bien plus politisée qui met en avant l'injustice qui existe entre le monde musulman opprimé et le monde occidental arrogant et répressif. Ces thèses semblent trouver par delà le monde de plus en plus d'adeptes, et maintenant qui l'eut cru, jusqu'aux banlieues de Paris...
Les intégristes religieux sont ainsi battus sur leur propre terrain par Nicolas Sarkozy dont le rôle est pourtant en principe d'instaurer l'ordre sur le territoire français et non l'inverse, de souder les français autour d'un sentiment d'appartenance national et non son contraire.
Plus globalement ces manifestations violentes des banlieues parisiennes sont caricaturalement synonymes de l'échec du modèle français en matière d'intégration du citoyen dans la société et sont le fruit d'un long pourrissement dans lequel tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont une très grande part de responsabilité. La jeunesse s'est " ghettoïsée " parce abandonnée par la société et défend ce qu'elle considère aujourd'hui comme son territoire, où les voitures sont des proies et les bus des cibles, dans une France où les beaux quartiers lui sont interdits.
Nicolas Sarkozy quant à lui avait fait de la sécurité et du maintient de l'ordre son " label " en accédant une fois de plus au poste du ministre de l'intérieur du gouvernement de Dominique de Villepin, mais à force d'utiliser le langage d'un petit " rouleur de mécaniques ", celui-ci vient de trouver réellement la bagarre et ne semble pas pouvoir y faire face.
Nicolas Sarkozy était persuadé qu'il avait le " feeling " avec le " bon peuple " de France et qu'il avait totalement compris et cerné la problématique des banlieues, cette semaine d'affrontements lui donne évidement tort, faisant voler en éclat l'image de " terminator " présidentiel qu'il souhait garder probablement jusqu'en 2007 : la politique n'est heureusement pas qu'une affaire de communication et le modèle de campagne hollywoodien que Nicolas Sarkozy a choisit, et devant lequel il a tant d'admiration, donne peut être aujourd'hui un coup fatal à son image de " présidentiable " propre et intègre.